Actualités / Société - mercredi 01 avril 2015

Génocide des Arméniens : témoignages

Silva Nahabidian

Mon père est né en Turquie. Il était petit au moment du génocide. Sa grand-mère l’a élevé car ses parents ont été tués. Il n’a pas connu ses frères. Comme d’autres enfants, il a été recueilli par des associations et emmené au Liban. Là-bas, il a grandi dans un orphelinat. A 14 ans, il est venu en France, à Paris, puis est reparti au Liban où il s’est marié. C’est là où je suis née. J’ai appris à parler l’arménien, le français et l’arabe. La guerre a éclaté en 1976. Nous avons dû nous cacher, c’était affreux. J’avais une tante qui vivait en France, j’ai décidé de fuir la guerre avec mes autres tantes et ma grand-mère. Nous sommes partis en autocar en passant par la Syrie. Nous sommes entrées en France comme touristes, j’ai trouvé du travail à Lyon chez Bahadourian. En 1977, je me suis installée à Vaulx-en-Velin et j’ai fait venir mes parents. Au Liban, j’étais manucure et deux mois après j’ai trouvé du travail dans mon métier. J’ai deux filles et un garçon avec qui je parlais en arménien à la maison pour leur transmettre notre culture. Nous sommes allés en Arménie ensemble, c’était important pour nous de faire ce voyage.

 

Caroline Nahabidian, la fille de Silva

J’ai 30 ans. Quand j’étais petite j’allais à l’école arménienne les mercredis. Pour moi c’est quelque chose de très important de parler arménien et de connaître l’histoire et la culture. Quand je parlais aux autres enfants de mes origines arméniennes, ça ne leur disait rien. Pour moi, c’était un plus, j’allais en colonie de vacances de la Croix bleue.

Lorsque je suis allée en Arménie, je me suis sentie chez moi.

Si le génocide était reconnu par le gouvernement turc, ça nous soulagerait. Nous ferions une commémoration sans manifestations.

 

Takouhie Derderyan

Mes grands-parents ont raconté leur histoire à mon père. Mon grand-père faisait partie de la population aisée de Turquie. Les parents de mon père ont été tués et les Turcs ont récupéré toutes leurs richesses. Mon père était prêtre grégorien. Il essayait de  cacher ses origines arméniennes pour ne pas subir de discriminations. Je suis venue en France en 1976 à cause de cette pression que nous subissions. En 1981, nous nous sommes installés à Vaulx-en-Velin avec mon mari. C’est en France que j’ai donné naissance à mes deux enfants. Je parlais le turc, l’arménien et le grec mais très peu le français à mon arrivée. Avec Silva, nous avons fait partie de l’association Croix bleue qui venait en aide aux Arméniens. Aujourd’hui, elle n’existe plus sur la commune.

Nous voulons que la Turquie reconnaisse le génocide, il y a aussi des manifestations en Turquie pour cela. Ce sont les politiques qui refusent.

 

Paul Chémédikian

Malheureusement, mes parents n’ont jamais voulu nous raconter ce qu’ils ont vécu. C’est à travers les livres que nous avons connu l’histoire. Mon père avait 20 ans et ma mère 15 aux moments des événements. Ils sont venus en France et se sont connus à Marseille. Ils se sont mariés en 1922 et moi je suis né en 1930. Mon père a travaillé à l’usine de la soie à Décines. Mon père n’avait qu’une idée en tête, c’est que nous apprenions un métier.

Il a fallu que j’aille en Arménie avec mes enfants et petits-enfants pour que je me mette à raconter ce que je savais ; nous sommes fautifs de ne pas en parler, mais ça reste tellement douloureux que c’est difficile. Je sais que mon père parlait le russe mais je ne sais pas pourquoi. Ma grand-mère ne parlait que le turc. Par contre je sais que Chémédikian, ce n’était pas son vrai nom. Il s’appelait Soghomonian. Quand il s’est sauvé, il a pris le nom de quelqu’un d’autre, qui avait été tué.

 

Propos recueillis par Jeanne Paillard

Recueillir des témoignages et les retranscrire, ce n’est pas refaire l’histoire mais c’est donner la parole aux descendants des victimes d’actes de barbarie qui portent, gravées en eux, les atrocités vécues par leurs familles. C’est aussi alerter l’opinion sur les risques qu’encoure l’humanité en niant les faits historiques et en laissant l’intolérance, la cupidité, la violence s’ériger en règles de vie.

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