Portraits / JOURNAL N°74 - mardi 04 juin 2013

Omar et Marwa Naseef, aller-retour entre guerre et paix

OMAR est chirurgien, Marwa est sage- femme. En 2005, grâce aux accords de coopération existent alors entre la France et la Syrie, Omar s’envole pour Lyon où il entame une spécialisation en cancérologie. Six mois plus tard, il est rejoint par sa femme et son fils Farouk, âgé de quatre ans. Le couple s’installe à Vaulx-en-Velin. Farouk fréquente l’école Makarenko, apprend le français, connaît peu son pays d’origine et se sent bien dans son pays d’adoption. Mais son père Omar a d’autres projets: “Je voulais rentrer pour aider les Syriens. Là-bas, le niveau de la médecine était inférieur à celui de la France”. En décembre 2008, le retour à Alep se concrétise. Omar, qui avait bénéficié d’un report en tant qu’étudiant, doit d’abord effectuer son service militaire. Puis, il intègre un poste de chirurgien au ministère de la Santé.

Pendant ce temps, Marwa reprend ses consultations de sage-femme dans son propre cabinet. Entre temps, la petite Limar, âgée aujourd’hui de quatre ans, est venue agrandir la famille. La famille mène une vie paisible, jusqu’à ce que l’actualité la rattrape : “En 2011, la révolution syrienne a com- mencé. Avant, il ne pouvait pas y avoir de contestation. La dictature était toute-puissante. Les rebelles sont entrés dans les quartiers pauvres d’Alep. Ils ont occupé la moitié de la ville”, raconte Omar. “Un soir, ils ont attaqué un commissariat à côté de notre maison. Nous avons décidé de partir dans le village où habitent mes parents”, poursuit-il. Mais la situation se durcit, le village jusqu’à présent épargné est à son tour touché par les bombardements de l’armée syrienne. La peur s’installe. La famille Naseef, comme tant d’autres, fuit vers la Turquie : “Nous nous sommes installés à Reyhanli chez un ami. J’ai continué à travailler en Syrie dans un hôpital clandestin. Je soignais aussi bien les rebelles que les soldats de l’armée”, relate Omar. Quand il apprend qu’il est recherché par l’Etat syrien pour avoir soigné des rebelles, la famille n’a pas d’autre choix que de fuir, une fois encore. C’est le retour à Vaulx-en-Velin en mars 2013. Les époux essayent de reprendre une vie normale, participent aux lectures multilingues avec leur fils Farouk, se projettent dans l’a- venir, ici en France, car celui de leur pays leur semble bien sombre. Le jeune garçon a repris le chemin de l’école, mais tous les enjeux géopoli- tiques qui se jouent dans le conflit syrien le dépassent et il n’a qu’une idée en tête : “Je veux aller voir mes copains en Syrie. Mais, ils sont peut-être morts”, s’attriste-t-il.

Jeanne Paillard

Après avoir fui la Syrie en guerre, puis la Turquie où les époux avaient trouvé refuge, ils ont décidé de revenir à Vaulx-en-Velin avec leurs deux enfants. Ils y avaient vécu quand leur pays était encore en paix.

4455 vues

Commentaires

Vaulx-en-Velin > Journal > Portraits > JOURNAL N°74 > Omar et Marwa Naseef, aller-retour entre guerre et paix