Actualités / Cadre de vie - mardi 02 octobre 2012

La précarité énergétique en question

CHACUN s’en rend compte : les énegies sont de plus en plus rares et de plus en plus chères. Les ressources de la planète fondent comme neige au soleil, ou même comme banquise au Pôle Nord. Quel rapport avec nos factures de gaz et d’électricité ? Il est simple : pour préserver la planète, et nos porte-monnaie, il faut éco-no-mi-ser, et déjà, réfléchir sur les gestes qui nous conduisent à consommer toujours plus.

Partant de ce constat, appuyé par l’observation au quotidien de la dégradation des conditions de vie de nos concitoyens, l’association Inoer, basée à Vénissieux, mène depuis 2008 un travail de sensibilisation des populations aux questions de développement durable. “Le terme de développement durable est employé à toutes les sauces aujourd’hui”, reconnaît Mehdi Hocine, responsable du programme et formateur au sein de l’association. Pourtant, derrière le mot, la réalité s’impose : “On constate une inflation des charges d’énergie et d’eau dans la part des dépenses des ménages les plus démunis, au point que leur confort est compromis, au risque d’altérer leur santé”.
C’est là que le projet d’Inoer prend tout son sens : en mettant en œuvre des actions d’information et de sensibilisation collectives et individuelles, il s’agit à la fois de chercher à réduire les factures des charges et de faire changer les comportements quotidiens, sources de gaspillage involontaire.

“Chacun a ses propres critères de bien- être, et le comportement individuel influe sur les consommations : température de confort, manière d’utiliser l’eau ou l’éclairage, remarque Mehdi Hocine. Or, ce sont des éléments importants de variation de la facture”. Par exemple, si vous faites couler l’eau non stop pendant le brossage des dents ou en faisant la vaisselle, ce sont des litres et des litres d’eau potable qui se perdent. Pour la vaisselle : avec un robinet ouvert, sans bloquer l’évier, compter au moins dix litres à la minute ! “D’où l’importance des modifications des comportements pour évoluer vers des utilisations rationnelles de l’énergie et de l’eau”,poursuit Medhi Hocine qui a mis en place un programme de formation des éco-médiateurs.

Jeunes pour la plupart, issus de toutes les cultures et souvent polyglottes, ceux-ci sont chargés de faire du porte-à-porte écologique en quelque sorte. Sans être intrusifs, ils ont appris à franchir les portes des appartements, à observer sans juger, à interroger les pratiques quotidien- nes des uns et des autres. Cent habitants se sont portés volontaires à La Grappinière, dans des logements gérés par Grand-Lyon habitat. “Cette opération a permis de modifier les pratiques de certains habitants et de leur famille”, affirme avec conviction Medhi Hocine. “Allez donc débiter mon eau !”, s’exclame en riant Monique Guerrier, 71 ans. Monique est l’une des habitantes qui a reçu à plusieurs reprises le tandem des éco- médiateurs. Avec le réducteur d’eau qu’ils lui ont fourni (gratuitement), elle espère voir sa facture diminuer, même si “ça coule lentement !”. Plusieurs bailleurs se montrent intéressés par les opérations menées à Vénissieux et à Vaulx-en-Velin. Ils y ont un intérêt direct : s’il est possible d’alléger les charges des locataires, le taux d’impayés des loyers pourrait baisser – alors qu’il a augmenté sensiblement ces dernières années...

En attendant que les pratiques énergétiques des habitants de La Grappinière soient décryptées et évaluées avec les différents partenaires (Grand-Lyon, Grand-Lyon habitat, Acsé), Mehdi Hocine poursuit la mise en place du programme de formation, basé sur “l’écologie urbaine pratique” auprès des familles et auprès des bailleurs du logement social. Le centre social Levy s’est associé à la sensibilisation des locataires, ainsi que la Confédération nationale du logement (CNL). Les enjeux sont cruciaux ; il y va de la santé de chacun chez soi et de l’environnement de tous. Quant aux éco-médiateurs déjà formés, il sont dans les starting- blocks : un nouveau champ d’activité professionnelle s’ouvre devant eux si de telles opérations se développent.

Françoise Kayser

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