Portraits / JOURNAL N°85 - mercredi 08 janvier 2014

Gérard Lafond, de la bouteille à la rédemption

IL BOIT VOLONTIERS du café, de l’eau et du jus de fruit. Jamais d’alcool. “Plus depuis 21 ans”, précise-t-il. Quand il s’agit d’aborder son parcours d’alcoolique repenti, Gérard Lafond est à la fois prolixe et sincère. “Mai 1968 a été l’élément déclencheur. Jusqu’alors, j’étais studieux, mais voilà, j’avais 15 ans et j’ai été pris par l’ambiance.” De soirées étudiantes en bals, le jeune homme goûte pour la première fois aux excès et aux alcools forts. une consommation occasionnelle qui dérape petit à petit. “A 23 ans, c’était trop tard, j’étais devenu alcoolique.” Son travail dans le textile le sauve un peu. “Je ne pouvais pas boire la semaine, j’aurais été incapable de couper sans trembler.” Seulement le week-end, le tailleur tient un bar avec son épouse. la tentation est grande. “J’ai toujours aimé l’atmosphère des bistrots. Encore aujourd’hui, cela n’a pas changé”,souligne-t-il, l’œil rieur.

 

“J’ai touché le fond du trou”

Un divorce plus tard, le Stéphanois quitte sa région natale, refait sa vie à Vaulx-en-Velin et change de profession. Il entre au restaurant du ministère des Finances de Lyon, où les boissons sont à portée de main. le petit blanc du matin, le rouge au casse-croûte et au milieu, beaucoup de bières et quelques apéritifs : “L’alcool était à volonté et j’en profitais jusqu’à n’en plus pouvoir.” le soir, le serveur retrouve sa nouvelle femme et ses enfants, et cache tant bien que mal le vice qui le ronge. “Je détournais l’argent du ménage, trouvais toujours un prétexte pour ressortir et faisais la tournée des bars pour que personne ne remarque ma consommation outrancière. Mais dans chaque troquet, je voyais les mêmes têtes”, confie le responsable de Vie libre. Il lui faudra des années pour se rendre compte que la situation est invivable pour ses proches. “Ma femme n’arrêtait pas de me dire qu’elle n’en pouvait plus. Un soir de 1992, je suis rentré ivre mort et j’ai trouvé la maison vide”. Son épouse a plié bagage depuis quelques jours sans qu’il ne s’en aperçoive. Pour lui, c’est le déclic : il contacte l’hôpital edouard-Herriot.

 

Une éprouvante cure de dégoût

“J’avais l’idée que si je me soignais, je retrouverais les miens”, explique-t-il. Gérard est transféré au Vinatier. Il y restera six mois. a 40 ans, il est brisé. avec l’aide du professeur Michel Marie-Cardine, spécialiste en addictologie, le père de famille entame une longue et éprouvante cure de dégoût pour lui ôter toute envie d’alcool. Cela lui provoque des réactions violentes, un état de dépression intense et des nausées. “A la quarantième séance, j’ai pété un câble en revoyant toutes les cassures de ma vie. J’ai fait un œdème et j’ai essayé de sauter par une fenêtre.” Ce sera la dernière séance, celle qui change à jamais son existence. en sortant de l’établissement, le Vaudais poursuit le long travail psychologique afin de se reconstruire. Il retrouve sa famille et son emploi. “En reprenant le travail, le premier jour, mon verre de vin était servi. Mais pour moi, c’était fini”. en 1996, il ressent le besoin d’aider à son tour les personnes dépendantes. le désormais abstinent pousse la porte de la section vaudaise de Vie libre, dont le slogan est “Je connais, j’y suis passé”. Il y rencontre des personnes de tous milieux sociaux, de toutes mouvances politiques, de tous âges, qui comme lui ont connu l’enfer de l’alcool. Avec eux, Gérard intervient dans les écoles et les hôpitaux. Il est aussi amené à aller au domicile de ceux qui sont en détresse. ”C’est parfois difficile. Un 1er janvier, j’ai dû raccompagner un malade qui s’était fait la malle. Trop alcoolisé, il est mort sur ma banquette arrière, étouffé dans son vomi. D’autres fois, je suis accueilli par des enfants, leurs parents étant trop saouls pour ouvrir la porte...” loin de le décourager, ces drames ne font que lui confirmer qu’il a fait le bon choix : l’abstinence. “J’ai redécouvert les joies de la vie, je profite de ma famille et de mes petits enfants”. Jamais il n’a rechuté. “Le seul accident que j’ai connu en 21 ans, c’est un chocolat à la liqueur avalé par inadvertance”.

Maxence Knepper
Crédit photo © Marion Parent 

Vie libre : Gérard au 06 99 74 25 56.

Avec sa bonhommie et son franc sourire, difficile de croire que Gérard Lafond a enduré durant un quart de siècle l’enfer de l’alcool. Le responsable de l’association Vie libre revient sur ses déboires passés et sa renaissance. 

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Commentaires

  • Unger Corinne, le 18/01/2014
    Chapeau bas mon ami !!! Quelle honnêteté et quel courage !!! Quel bonheur de te connaître mon Gege !!! Tes fils et tes petits fils peuvent être fiers du nom qu'ils portent . Ta lutte a fait de toi l'homme généreux et gentil que j'ai le privilège de connaître !!! Gros bisous mon Gege on t'aime

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