Portraits / JOURNAL N°93 - mercredi 07 mai 2014

Winship Boyd : “Le corps peut dire mille choses”

“J’AI FAIT intensément de la danse, aujourd’hui, je suis obligée de lever le pied”, livre Winship Boyd. a 50 ans, la chorégraphe qui dirige la compagnie Itchy Feet explore la danse autrement. l’énergie dont elle déborde n’en demeure pas moins source de création. “Ce qui m’intéresse le plus en ce moment, c’est le théâtre corporel. J’ai toujours été attirée par ce qui est communicatif”, dit-elle. Avec le comédien Matthieu Loos, elle crée Foliage qui sera présenté au centre culturel Charlie-Chaplin les 4 et 5 juin.

Ce spectacle célèbre la richesse des parcours multiculturels : le sien, qui s’est construit sur trois continents, ajouté à celui des autres danseurs, musiciens et comédiens. “Entre théâtre et danse, entre Afrique, Amérique, Asie et Europe, les nombreux artistes vagabondent. Ils naviguent d’une histoire à l’autre, filant de leurs origines à leurs rêves”, décrivent les créateurs. Chacun apporte son style, une expression très personnelle et la chorégraphe lâche un peu prise. Tout en veillant à ce que le spectacle fasse entrer le public dans l’histoire. “Je n’ai pas envie que les gens soient indifférents. Je veux les toucher, exprimer des émotions mais aussi les faire réfléchir”, explique Winship Boyd.

Un coup de foudre

Pour elle, tout commence à l’âge de 8 ans. elle fait ses premiers pas dans la danse. Puis à l’âge de 13 ans, la petite américaine née en france et installée dans le Tennessee quitte la maison familiale pour étudier à la north Carolina school of the arts. elle y acquiert une formation classique et interprète des rôles sous la direction de prestigieux danseurs, issus des compagnies de Martha Graham et du New-York City Ballet. elle danse, ensuite, durant trois ans au sein du Kansas City Ballet et du Pacific northwest Ballet. Une blessure la contraint à quitter le haut niveau de la danse classique. Winship rejoint alors le style contemporain avec la compagnie Mary Oslund and Co à Portland, avant de partir pour londres. “Ici, j’ai découvert le jazz et cela m’a amené au hip hop”. elle y reste trois ans, étudie au laban Center et traverse la Manche.

A Dijon, l’ex-danseuse classique crée un groupe de hip hop. Puis à Lyon, en 1998, elle monte la compagnie Itchy Feet, “les pieds qui démangent”. Très vite, elle trouve un soutien à Vaulx-en-Velin. en 2000, la Ville l’invite à chorégraphier le défilé de la biennale de la danse, avant de lui proposer une résidence artistique, de 2005 à 2010, au centre Charlie-Chaplin. Riche du “feeling” entre la danseuse et les habitants, l’aventure vaudaise de la Biennale se poursuit jusqu’à aujourd’hui – à l’exception des édi- tions 2004 et 2012. aux yeux de Winship Boyd, “le défilé, c’est l’accessibilité de la danse à son summum. Et Vaulx-en-Velin, c’est ma ville, affirme-t- elle.

“There is no place like home (il n’y a pas de meilleur endroit que la maison),et en même temps, il y a tellement de lieux où je peux me sentir chez moi.” Cette parole de la danseuse et chorégraphe donne une idée de sa vie et son travail. “J’ai vécu 25 ans aux Etats-Unis et 25 ans en France”, dit-elle. Depuis 10 ans, elle séjourne régulièrement en Afrique et s’en s’imprègne... Winship a l’esprit nomade et la curiosité à fleur de peau.

A Vaulx-en-Velin, son port d’attache, elle aime évidemment le mélange des origines et des cultures. “Au cœur de cette mixité, étant moi-même une immigrée, j’apprécie de vivre ma différence ouvertement et sans jugement”.

Fabienne Machurat

Photo © Marion Parent

Depuis l’enfance, elle est accro à la danse. Depuis longtemps, elle crée à Vaulx. La chorégraphe présentera Foliage en juin à Chaplin et FreeDoun en septembre à Lyon. Nourrie de classique, de hip hop, des rythmes et des mouvements de l’Afrique de l’Ouest elle célèbre la rencontre de plusieurs cultures. 

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